Trouver un nom, cela porte un nom. Ou plutôt deux : d’aucuns parleront de naming, d’autres d’onomaturgie. Nom aux accents savants ou nom emprunté à l’anglais, cet envahisseur : comment ce choix résume-t-il un problème général de dénomination ?

Onomaturgie et naming, onomaturge et namer, cette compétition illustre à merveille la richesse des mécanismes dont le français dispose pour créer des mots. L’emprunt aux langues savantes ou à l’anglais sont en fait comparables : on va chercher ailleurs ce qu’on n’a pas ici. Mais comment se faire comprendre ? Quel mot utiliser ? Je vous propose ici mon éclairage de linguiste et, disons-le, d’onomaturge.

Onomaturgie ou naming : de quoi parle-t-on ?

Ces deux mots recouvrent la même discipline : le fait de trouver un nom pour une entreprise, une marque, un produit. La fabrication de mots, en somme. Onomaturgie vient du grec, naming de l’anglais. Et les deux sont formés un peu de la même manière. Dans onomaturgie, il y a d’abord onomat-, le « mot » en grec. Et -urgie, l’ « art de réaliser », formé sur ergon, « l’action, l’œuvre ». Dans naming, on a également le nom en premier, suivi du suffixe -ing qui dénote une action. C’est l’action de nommer.

Cependant, la discipline est si peu connue qu’aucun de ces deux mots n’est présent dans mes dictionnaires. Et mon correcteur automatique les souligne de rouge. De plus, le naming peut recouvrir deux sens : celui de fabrication de nom, moins connu, et celui d’attribution d’un nom de sponsor à un stade, en général, ou parrainage. C’est ce dernier sens que le mot a le plus souvent, dans les journaux par exemple.

Doit-on laisser l’anglais envahir le français ?

Comme je l’expliquais dans un article que j’ai écrit pour le blog de l’APACOM sur l’anglais et le vocabulaire de la communication, l’anglais n’est pas forcément une menace. Quand du XVIIème au XIXème siècle les sciences et les techniques ont emprunté en masse du vocabulaire du grec ou du latin, cela a également été ressenti comme une menace. Ces langues avaient alors l’aura nécessaire. Aujourd’hui c’est l’anglais, témoin d’une puissance économique et politique, qui nous sert de ressource d’emprunt linguistique. Et comme on a inventé des mots « à la manière » des langues anciennes, on crée aujourd’hui des mots à la manière de l’anglais : tennisman, parking et camping ont été inventés en français. Notre langue est aujourd’hui plus riche de mécanismes qui lui permettent de créer toujours plus de nouveaux mots.

Et si c’était à Google de décider ?

Regardons donc ce que nous dit le moteur de recherche. La requête naming nous donne 77 400 000 résultats ; onomaturgie 3070. Il n’y a finalement pas de match. 2 410 000 résultats pour namer, 2450 pour onomaturge. Cela peut être expliqué par la polysémie de naming et de namer, et par leur dimension internationale, mais pas seulement. Naming est de toute façon utilisé par toutes les agences qui font cette activité. Benefik, Nomen, Enekia, Timbuktoo : aucun des sites de ces agences ne comprend une seule occurrence de onomaturgie ou onomaturge. Toutes parlent de naming. Quand on regarde l’apparition de ces mots dans Google Books, l’image ci-dessous se passe de commentaires.

google onomaturge

Onomaturgie n’a jamais été trouvé dans un livre en français. Naming gagne haut la main. En revanche, onomaturge semble avoir fait son bout de chemin. Et l’emporte sur namer. Un onomaturge serait-il celui qui fait du naming ?

Onomaturgie, naming : comment résoudre la compétition ?

Il faut voir l’évolution de la langue comme la théorie de l’évolution. Si deux mots ont la même fonction, le même sens, l’un doit s’effacer au profit de l’autre, ou se spécialiser. Il doit trouver une niche qui était jusqu’alors inoccupée. Naming et onomaturgie ne peuvent donc pas désigner la même chose. C’est pourquoi onomaturgie ne peut pas exister, n’en déplaise aux puristes de la langue française. Naming est le terme qui permet une communication dans laquelle tout le monde se comprend. Et c’est bien le but de la dénomination : faire que des mots sont partagés par tous avec le même sens. Onomaturgie, s’il a seulement existé, tombe aux oubliettes. Mais il ne faut pas oublier onomaturge, que j’ai par exemple trouvé dans le Trésor de la Langue Française informatisé ou TLFi. Onomaturge gagne du terrain : serait-ce parce que namer est moins transparent en français ? C’est une hypothèse.

Suis-je onomaturge ou namer ?

J’ai envie d’être onomaturge. Mes études autour de la création des mots impliquant des racines grecques et latines me poussent à aimer ce mot, forcément. Et namer, de toute façon, semble mal barré dans la compétition. Cependant, concernant la discipline, je sais que les personnes, éventuels clients ou collaborateurs, rechercheront naming, et pas onomaturgie. Alors j’ai choisi d’utiliser premier, afin d’être retrouvée, reconnue, contactée. Et donc, c’est sous l’appellation de naming que vous me retrouverez ici et ailleurs !

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le jeu 26 Juil 2018 Publié dans Le bon nom

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